Une poésie du vivant – Solenne Froc 2023

Ce qui attrape tout de suite l’œil dans les œuvres d’Anne de Villèle, c’est la dimension organique de son travail, qu’elle extrait aussi bien de l’humain, de l’animal que du végétal et ce, avec tous les moyens plastiques qui lui viennent aux mains. Ce qui compte, c’est la création qu’elle dit être sa colonne vertébrale, ce qui lui permet de se déraciner et de s’enraciner partout où elle passe.

Aimant son inconscient, elle puise dans le matériel que lui apportent ses rêves,
ses émotions et ses vécus qu’elle transforme en autant de matière artistique. Le vivant est sa boussole, sous toutes ses coutures, et elle nous y accompagne avec l’intuition certaine du « besoin qu’ont les gens d’avoir une petite idée de ce qu’ils sont comme êtres vivants (30) ».
C’est une artiste qui ne recule pas devant le réel du corps. Qu’il soit sexué avec ses photographies, notamment Sourire de femme (31), ou qu’il soit pleurant avec son travail de broderie d’organes sur quarante-trois mouchoirs dans Toutes les larmes de mon corps (32), présenté dans ce numéro, elle n’y oublie pas que celui-ci est parlant et que, toujours les mots palpitent dans la chair. Viscéral dans la gisante (33) ou végétal dans Printemps (34), le corps est suggéré, ou fouillé, employé jusqu’à l’os comme dans l’arbre de Généalogie (35).
Son travail n’est pas non plus en reste quant aux déchets qu’elle sublime et à qui elle restitue la dignité du vivant dans ses photographies de compost (36), véritables traces d’un art de vivre du quotidien.

Artiste à domicile, artiste ambulante dans le milieu rural, Anne de Villèle implique ses semblables et provoque le passage à l’acte créatif chez l’autre, aîné ou enfant. Elle a travaillé de longues années en MECS (37)
avec des enfants dont la manière non conventionnelle d’être au monde a élargi ses horizons. Elle dit avoir été émerveillée par leur liberté artistique qui a amplifié la sienne. Ils lui ont appris à voir dans le minuscule, dans l’invisible ou le presque rien des mondes infinis. Ils lui ont également appris la persévérance et l’importance de travailler sur le long terme.
De l’interdisciplinarité, elle retient « la richesse de la singularité aux pluriels »,
la multiplicité des points de vue, des regards ainsi qu’une complémentarité et une force dont elle se soutenait.
Aujourd’hui, Anne de Villèle travaille à Rochefort-en-Terre dans le Morbihan où elle propose des stages de céramique et des ateliers parent / enfant.

30 Lacan J., « alla scuola freudiana », Conférence prononcée au Centre culturel français le 30 mars 1974, in Lacan in Italia 1953-1978, Milan, La Salamandra, 1978, p. 104-147.
31 https://annedevillele.fr/book/photo/sourire-de-femme/
32 https://annedevillele.fr/book/broderie/toutes-les-larmes/
33 https://annedevillele.fr/book/broderie/la-gisante/
34 https://annedevillele.fr/book/photo/printemps-2/
35 https://annedevillele.fr/book/volume/genealogie/
36 https://annedevillele.fr/book/photo/compost/
37 Maison d’Enfants à Caractère Social

Extrait de la publication @-trait du Cien N°33

Anne de Villèle
Atelier – Galerie
2 ruelle du four à ban
56220 Rochefort-en-Terre

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